Un architecture néo-classique à Angoulême : Paul Abadie père
Paul ABADIE père (1783-1868) est né à Bordeaux, où il commence sa formation d’architecte. Puis il monte à Paris en entre à l’Ecole des Beaux-Arts tandis qu’il est élève de Percier et Fontaine jusqu’en 1811. Après deux échecs au Grand Prix de Rome et quelques travaux en tant qu’inspecteur, il est nommé architecte départemental de la Charente en 1818. Avec sa famille, il s’installe à Angoulême où il est également nommé architecte. Il y construit la presque totalité de son œuvre entre 1820 et 1840. Ce sont surtout des édifices publics représentant le pouvoir de l’Etat (préfecture) et ses manifestations, comme l’ordre judiciaire (palais de justice), scolaire (lycée Guez de Balzac) ou sanitaire (hôpital de Beaulieu, abattoirs). P. Abadie père a également reconstruit des édifices religieux (façade de l’église Saint-André, Saint-Jacques de l’Houmeau). Quelques maisons du centre-ville peuvent aussi lui être attribuées.
LE STYLE NEO-CLASSIQUE
Tous ces édifices sont construits selon les mêmes principes : influence de l’Antiquité et de la Renaissance, jeu de volumes géométriques simples et monumentaux faisant contraster les surfaces nues avec des éléments architecturaux peu nombreux (ouvertures, mouluration), style sévère qui s’accorde bien avec les valeurs du pouvoir d’état et que l’on retrouve partout en France à la même époque.
1. Préfecture Ce bâtiment est implanté dans un quartier principalement urbanisé au XIXe siècle, avec un parcellaire orthogonal. Construite en 1834 selon un plan en U, la préfecture se compose d’un bâtiment principal avec deux ailes en retour, déterminant une cour en façade. Le corps de logis central est plus haut que les ailes. Un avant-corps en saillie supportant une tribune se détache de la façade principale, animée par la superposition des ordres doriques et ioniques inspirée de la Renaissance. En traversant le bâtiment (ouvert aux heures de bureau), on peut voir à l’arrière des jardins de la préfecture qui constituent un espace agréable ouvert sur le rempart.
2. Quartier de la préfecture Pendant la première moitié du XIXe siècle, on poursuit les efforts commencés en matière d’urbanisme depuis la fin du XVIIIe siècle. Des rampes d’accès au plateau sont aménagées (rue Desbrandes…), des rues nouvelles sont percées en centre-ville, tandis qu’on commence réellement à urbaniser le quartier de la préfecture, gagné sur l’espace du parc du Château. Ces voies nouvelles, dites « rues à programme », sont bordées de maisons aux façades identiques, conformément à la volonté d’uniformisation selon laquelle chaque acquéreur de parcelle devait construire la même façade que ses voisins (rue de l’Arsenal et la majeure partie du quartier de la préfecture).
(à voir aussi le côté de la Banque de France, rue de l’Arsenal ou ancien Hôtel des Postes)
4. Palais de Justice Il a été construit en 1825 sur l’emplacement de l’ancien couvent des Jacobins. La structure de sa façade reprend l’idée du temple romain juché sur le haut podium. Le corps central se détache d’un rectangle presque nu. Les métopes de l’entablement représentent des symboles de la justice (balances, etc…).

5. Eglise Saint-André (façade) Une église à la fois romane et gothique se cache derrière cette façade. Surprenante pour une église, cette façade fait référence à un arc de triomphe avec son entrée principale cantonnée de deux passages latéraux, ici transformés en niches pour des statues. Les seuls éléments qui rappellent la fonction de l’édifice sont les statues de Saint-André et de Saint-Paul au rez-de-chaussée et les bas-reliefs représentant le calice et l’ostensoir à l’étage.

6. Hôpital de Beaulieu (façade) Dans le prolongement de la chapelle gothique de l’ancien couvent des cordeliers, P. Abadie donne sa façade principale à l’ancien Hôtel-Dieu en 1825-1828. Celle-ci, très allongée, donne l’illusion d’un corps de logis central flanqué de deux pavillons légèrement débordants. Le rez-de-chaussée est scandé par les arcades d’une galerie fermée et est surmonté d’un étage percé de baies cintrées. Les deux niveaux sont animés de bossages.

7. Lycée Guez de Balzac La ville d’Angoulême charge P. Abadie de la construction d’un Collège Royal à l’emplacement de l’ancienne abbaye bénédictine de Beaulieu, entièrement rasée en 1842 (l’oratoire excepté). Ce collège est achevé en 1846. Devenu lycée impérial, ses bâtiments sont agrandis par Paul Abadie fils en 1867, avec une aile pour l’internat, une nouvelle chapelle et la façade sur la rue de Beaulieu. Sur la promenade de Beaulieu, les jardins précèdent avec solennité le corps saillant de l’entrée principale à bossages, ouvrant sur la cour d’honneur. Seules les corniches et les fenêtres à l’encadrement soigné rythment les autres façades à deux étages de ce vaste bloc rectangulaire. A l’intérieur, les bâtiments aux façades identiques s’ordonnent autour de quatre cours rectangulaires (5 aujourd’hui), dont deux sont desservies par une galerie à l’ouest.
8. Musée (portail) Le Musée occupe depuis 1907 les locaux de l’ancien évêché. Ce dernier, transformé en préfecture de 1792 à 1834, fit alors l’objet de travaux d’agrandissement (1806) par l’inspecteur des ponts et chaussées Deval. Puis, un portail à bossages, attribuable à Paul Abadie père, est construit en référence à un arc de triomphe, avec une porte cochère au centre cantonnée de deux portes piétonnières latérales. La rue Tison d’Argence, qui prolonge la rue Friedland, est un bel exemple de rue à programme
9. Eglise Saint-Jacques de l’Houmeau Reconstruite en 1840-43 près de l’emplacement de l’ancienne église romane du faubourg du port de l’Houmeau, cette église en croix latine est couverte d’un berceau sur la nef et le transept, d’une coupole sur la croisée et d’un cul-de-four sur l’abside. Sa façade ressemble, en plus simple, à celle du palais de justice. On y retrouve un avant-corps à fronton et colonnade, qui abrite ici une entrée principale cantonnée deux niches pour les statues. De l’extérieur, c’est une succession de volumes cylindriques et prismatiques encastrées.

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