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La cathédrale Saint-Pierre

Architecture romane, restaurée au XIXe siècle en style néo-médiéval, la cathédrale Saint-Pierre est le monument le plus prestigieux d’Angoulême.

Les origines

Située à l’intérieur du rempart, la cathédrale s’élevait face à l’une des principales portes de la ville.

Trois édifices ont précédé l’édifice roman. Le premier, sans doute élevé dès le IVe siècle, fut détruit par les Wisigoths que chassait Clovis. Le souverain Franc entreprit la reconstruction de la cathédrale à partir de 508 et elle fut consacrée en 566. Autour de cet édifice, d’autres bâtiments constituaient le groupe cathédral : le baptistère Saint-Jean, l’église Notre-Dame de la Paine, le Petit Saint-Cybard, église paroissiale et l’église Saint-Eloi, église funéraire située en dehors du rempart. A la suite d’un incendie, peut-être allumé par les Normands, l’évêque Grimoard de Mussidan rebâtit à partir de 991 un édifice consacré en 1015.

De Girard II à la Révolution

Moins d’un siècle plus tard, Girard II, évêque d’Angoulême et légat de quatre papes à partir de 1107, décida de doter la ville d’une nouvelle cathédrale. La plupart des travaux s’effectuèrent entre 1100 et 113 (époque du schisme qui divisa la chrétienté autour de deux papes : Innocent II, appuyé par Saint-Bernard, et Anaclet II, l’antipape, pour lequel Girard II prit parti).

Des chapelles bâties à partir du XIIIe siècle ne restent que la chapelle Saint-Gelais. Les autres constructions furent démolies au XIXe siècle. Epargnée par la Guerre de Cent Ans, la cathédrale subit les pillages des guerres de Religion en 1562 puis en 1568 : le clocher sud fut démoli, les coupoles crevées, le mobilier saccagé, le trésor pillé.

Des restaurations furent effectuées au début du XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle la base du clocher sud fut aménagée en sacristie et décorée de boiseries, et le portail de la façade reçut un placage de style classique.

Sous la Révolution, la cathédrale, transformée en « Temple de la Raison », fut sauvegardée.

Sous le Second Empire : les travaux de Paul Abadie

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Entre 1850 et 1875 se déroula une importante campagne de restauration à l’instigation de Monseigneur Cousseau, évêque d’Angoulême. Paul Abadie (1812-1884), architecte pour les diocèses de Périgueux, Bordeaux et Angoulême, chargé des travaux, voulut donner à l’édifice une unité stylistique :

- il démolit toutes les adjonctions modernes et celles de la fin du Moyen-Age,
- reconstruisit le dôme de la croisée du transept, le clocher nord,
- projeta le rétablissement d’un clocher au sud,
- unifia à l’intérieur de la nef les murs et les coupoles
- restitua des chapelles néo-romanes autour du chœur (une seule chapelle romane avait été conservée),
- enfin, donna à la façade un nouvel élan par le rajout d’un fronton encadré de deux clochetons.

L’intérieur

La cathédrale fut construite d’ouest en est (en débutant par la nef) selon un plan en croix latine.

La nef unique est couverte de trois coupoles sur pendentifs. Particularité du Sud-Ouest de la France (on en trouve à Souillac, Solignac, Cahors, et plus au nord à Fontevraud), les nefs à file de coupoles marquent l’influence de l’Orient dans les formes architecturales. Dans le choix de ce couvrement, Girard II s’était directement inspiré de la cathédrale Saint-Etienne-de-la-Cité à Périgueux, où il avait été chanoine. Ces coupoles appareillées présentent l’avantage de couvrir des espaces larges-15 mètres ici, et leur poids étant réparti essentiellement sur quatre gros piliers d’angle, offre la possibilité d’ouvrir de grandes baies dans les murs. Le modèle de la cathédrale fut largement suivi en Angoumois : de petites églises (Fléac, Roullet, Champmillon…) reçurent le même type de couvrement .

Aux extrémités du transept saillant, s’élevaient deux clochers. Seul le clocher nord, très remanié dans ses parties hautes au XIXe siècle, nous a été conservé. Des chapiteaux et des frises à décor floral ornent les murs et couronnent les colonnes. Un seul chapiteau est historié (pilier à gauche de l’arcade) : y figurent Samson et le lion ainsi que Saint-Michel terrassant le dragon.

Ces deux clochers avaient aussi fonction de tour-lanterne, amenant une lumière indirecte dans la partie centrale de l’église avant les restaurations du XIXe siècle. Lors des travaux, Abadie couvrit la croisée du transept d’une coupole placée sur un haut tambour percé de multiples baies. Enfin, le chœur surélevé se compose d’une vaste abside, décorée d’une arcature et entourée de quatre chapelles, dont trois restituées au XIXe siècle.

Façade

Façade-écran à série d’arcatures, caractéristique de la région, elle se distingue par l’existence d’un ample programme sculpté autour de deux thèmes iconographiques : l’Ascension du Christ et le Jugement Dernier. Dans les premiers projets des années 1119, seules étaient prévues les sculptures des tympans où les apôtres (3 par tympan) se dispersent pour porter l’Evangile par le monde (A1-2-3-4). L’influence languedocienne dans le traitement est le fait de la participation de deux sculpteurs de l’atelier de Saint-Sernin de Toulouse.

Sous les tympans, des frises évoquent le monde tel qu’on se le représente au XIIe siècle : mondes végétal, animal, humain et monde des monstres. Une frise (A3) retrace en même temps qu’un épisode de la chanson de Roland, un événement contemporain : la reconquête par les Croisés Chrétiens en 1118 de la ville de Saragosse en Espagne sur les Musulmans, campagne à laquelle participèrent, incités par Girard II, les seigneurs du Poitou et d’Aquitaine. De gauche à droite sont représentés : l’archevêque Turpin s’opposant à Abime, puis Roland, couronné, blessant à mort Marsile, roi Maure de Saragosse, qui meurt devant les portes de la ville. Les sculptures peuplant les arcades hautes appartiennent à une seconde campagne, dans les années 1120-1136.

Les deux statues équestres ont été entièrement transformées au XIXe siècle : Saint-Georges terrassant le dragon (B1) a sans doute remplacé la statue de Constantin, premier empereur chrétien, combattant le paganisme, thème traité plusieurs fois en Angoumois, Poitou et Aquitaine ; en face, Saint-Martin partageant son manteau a peut-être pris la place d’une figuration de Charlemagne, assimilé au Moyen-Age à un nouveau Constantin (B2).

Au-dessus, sur deux rangées superposées, les onze apôtres (B3-4-5-9-10-12-13-14) (Judas n’est pas représenté) et la Vierge (B11) assistent à l’Ascension du Christ que désignent des anges (B18). Le Christ apparaît dans la mandorle (CI), entouré du tétramorphe (C2-2-4-5). Reliant les hauts reliefs à cette vision, des séraphins veillent sur l’Arbre de Vie, symbole d’éternité (C19).

Le thème du Jugement Dernier est exprimé par la présence des élus dansant sous les voussures des grandes arcades (B17) ou chantant et jouant d’un instrument dans des médaillons (C6).

Contrastant avec ces images du bonheur promis aux hommes fidèles à la loi évangélique, aux extrémités de la façade des damnés sont malmenés par des diables et subissent les châtiments de l’hérésie (B15) et de l’avarice (B16).

La finesse des sculptures et la variété de leur traitement témoignent de la présence sur ce chantier de plusieurs sculpteurs de qualité. Jusqu’au XIXe siècle, le couronnement de la façade se composait d’un bandeau plat et de deux tourelles construites au XVIe siècle. Paul Abadie, en ajoutant d’importantes superstructures donna à cette façade un nouvel élan vertical.

Les parties hautes de la façade achevées dans une période de troubles (schisme), laissent apparaître quelques négligences dans l’ordonnance des médaillons, par l’adjonction de grands panneaux de feuillages.

Collection "MONUMENT" Textes de Marylise ORTIZ

 
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