Implantée sur d’anciens terrains marécageux baignés par les eaux de l’Osme, la commune d’Aigre est située à 20 Km de Ruffec et à 30 Km d’Angoulême. Grâce à la fertilité de ses marais, sa situation privilégiée au carrefour de trois provinces et l’aménagement des routes royales de Poste à l’époque moderne, la cité s’est très vite imposée comme une cité marchande. Marchés et foires y étaient renommés. Au début du siècle dernier encore, le négoce des eaux-de-vie de Cognac était très important.

En 1809, la municipalité se porta acquéreur d’un bâtiment (devenu par la suite l’épicerie Péraud) pour y installer les locaux de la mairie. En 1833, la commune d’Aigre décida de reconstruire les anciennes halles situées face à la mairie, et de les déplacer le long du ru appelé « Bief-Jacquet ». L’avantage de la présence du cours d’eau, sur lequel devait être construit le bâtiment, était de faciliter l’évacuation des déchets. Le chantier retardé, notamment par les protestations du voisinage à propos des dimensions importantes du bâtiment, ne fut achevé qu’en 1844. Les halles étaient couvertes, pour être adaptées au commerce du grain, et suffisamment vastes pour accueillir les foires et les marchés très actifs.
En 1861, la commune acheta l’immeuble Salmon pour en faire le nouveau siège de la mairie. La proximité de l’école, située à l’arrière de l’immeuble, permettait ainsi de réunir dans un même secteur la mairie et les écoles. Mais le bâtiment devait être trop exigu ou inadapté, puisqu’en 1884 la municipalité vota la construction d’une nouvelle mairie à l’emplacement des halles. L’édifice fut achevé en 1886.
Le monument a été édifié par l’architecte Edouard Warin (1837-1911), collaborateur de Paul Abadie fils (1812-1884) puis architecte du département. Il fut entre autre, l’architecte des mairies de La Couronne et de Saint-Amant-de-Boixe, de l’église Saint-Cybard et des halles d’Angoulême. Son style était éclectique. Ainsi, Warin choisissait le style en fonction du bâtiment à réaliser afin d’en souligner la destination et la symbolique.
L’Hôtel de Ville d’Aigre est un imposant bâtiment qui s’apparente au type des mairie-halles. Il abritait à la fois la mairie, la justice de paix et les halles. L’espace autrefois dévolu aux halles a été transformé en salle des fêtes au rez-de-chaussée et en salle des mariages à l’étage (y est exposée une maquette de l’Hôtel de Ville).

La façade principale de l’Hôtel de Ville se compose d’un corps de bâtiment central, bordé par deux ailes latérales de faible saillie. La partie centrale présente au rez-de-chaussée, trois portes à arc segmentaire divisées par des pilastres doriques. Au-dessus, des consoles soutiennent le balcon à balustrades en fer forgé sur lequel s’ouvrent trois portes aux linteaux décorés d’éléments végétaux. Les portes sont divisées entre elles par des pilastres composites qui soutiennent un entablement sur lequel est inscrit « Hôtel de Ville - Justice de paix ». Les façades des deux ailes latérales sont bordées de pilastres qui s’élèvent sur deux niveaux.
Le rez-de-chaussée est percé d’une fenêtre à arc segmentaire et le second niveau d’une baie à angle droit précédée d’une balustrade en pierre. Chacune des deux ailes latérales est coiffée d’une petite toiture à quatre pans couverte d’ardoises tout comme le toit du bâtiment central. L’utilisation de l’ardoise, dans cette région dominée par l’emploi de la tuile, n’est pas anodine. Elle dénote à la fois la richesse du maître d’ouvrage et sa volonté de se démarquer des bâtiments plus communs.
L’horloge et la cloche du petit beffroi qui surmontent l’ensemble ont été ajoutées dans les années 1930.
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