En 1838 le maire d’Angoulême, J. Normand de la Tranchade, décide de faire édifier un nouvel Hôtel de Ville. Conscient de l’intérêt que présente l’ancien château comtal placé, grâce aux nouveaux aménagements urbains, au coeur de la cité, il demande au département - propriétaire du monument - de le céder afin d’en faire le siège du futur Hôtel de Ville.

En 1842 le château est octroyé à la ville à la condition expresse de lui conserver son caractère monumental et historique. Il se compose alors de deux tours (le donjon du XIIIe siècle et la tour ronde du XVe siècle), de deux corps de logis (de la seconde moitié du XVe siècle), d’une enceinte (XIIIe siècle) et de différents bâtiments médiévaux.
En 1841 l’architecte Paul Abadie père, propose un premier projet d’aménagement qui est refusé. Il faut attendre 1885, un nouveau maire, F. Bourrut-Duvivier et un autre architecte Paul Abadie, fils du précédent, pour voir aboutir cet aménagement. Le projet architectural, accepté en 1856, prévoit la démolition de la plupart des vestiges du château hormis le corps de logis de la seconde moitié du XVe siècle et les deux tours.
Des modifications dans les plans conduisent cependant à la destruction en 1859 du corps de logis construit par Jean de Valois et déclenche une polémique qui n’empêche pas Paul Abadie fils de mener son projet à terme.
Le nouvel Hôtel de Ville est inauguré le 19 mai 1868 ; ne restent alors que les deux tours de l’ancien château insérées dans des bâtiments de style éclectique.
Dans la construction de cet édifice, qui doit pouvoir rivaliser avec les constructions entreprises à Paris et ailleurs, le choix des styles n’est pas neutre : c’est le style « communal » évoquant l’époque où les communes se sont libérées du pouvoir féodal par l’acquisition de chartes de communes qui est choisi.
L’influence médiévale est donc prédominante avec la présence du beffroi, symbole du pouvoir municipal et l’emploi du style gothique : voûtesd’ogives, gargouilles, sculptures.
En outre, le tympan de la fenêtre du premier étage du beffroi illustre la remise des clés par la ville à Charles V et l’octroi d’une nouvelle charte de commune en 1373 rappelant ainsi l’indépendance de la ville.
Chaque corps de bâtiment est traité de façon à symboliser ses fonctions par le style utilisé : pouvoir, administration, représentation. Ainsi l’aile nord de style néo-gothique, regroupant l’entrée principale sous le beffroi, le cabinet du maire et une tribune de discours, représente la fonction « pouvoir ». A l’ouest et à l’est, les façades d’inspiration plus classique expriment la fonction administrative. Enfin, l’aile sud influencée par la « Renaissance Française » correspond à la fonction « représentation ». Des contreforts et des colonnes, associés à de grandes fenêtres à meneaux, rythment géométriquement les façades. Un balcon d’apparat surplombe le porche monumental. A l’intérieur, l’escalier d’honneur avec ses plafonds à caissons évoque la Renaissance. Mais c’est surtout la décoration des salons qui témoigne de la volonté d’apparat : la salle des mariages, ancienne salle des séances du conseil, la petite salle attenante « salle d’accord » où les musiciens accordaient leurs instruments et le grand salon « la galerie
des fêtes et solennités » avec sa tribune des musiciens.
Abadie fils a fait appel à des artistes parisiens : le peintre Hugot qui réalise toutes les peintures du grand salon, Edward May celles du cabinet du maire et des adjoints, le tapissier décorateur Simon, le serrurier d’art Everaert et le sculpteur Léon Baleyre. Plusieurs hommages sont rendus à l’Empire dans le grand salon : les monogrammes de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie sont peints en alternance avec des médaillons et des panneaux à fond d’abeilles dorées qui symbolisent l’Empire.
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